lun. 27 nov. 2023
La chronique de Michel Ernst : « 2023, année record pour les dividendes mondiaux ! Quid en 2024 ? »

2023, nouvelle année record pour les dividendes mondiaux...

Dans une chronique récente, nous avons démontré que, selon une étude américaine publiée le 30 août dernier, la stratégie de loin la plus populaire auprès des investisseurs particuliers est l’investissement en dividendes. 50 % des personnes interrogées ont choisi cette stratégie d’investissement en priorité devant l’intelligence artificielle (36 %), l’indexation boursière (36%), les énergies renouvelables (33%) ou encore les « big tech » (31 %) !
Pour aller plus loin dans cette thématique privilégiée par les investisseurs, nous avons consulté le 40ème rapport de Janus Henderson, publié ce mois de novembre 2023, qui est une étude à long terme visant à dégager les tendances en matière de dividendes au niveau mondial. Celle-ci mesure l’évolution des dividendes versés par 1 200 multinationales, les plus importantes au monde en terme de capitalisation boursière, à leurs investisseurs depuis 2009. À noter que hors ces 1 200 sociétés, les autres sociétés cotées dans le monde ne comptent que pour une dizaine de pourcents des dividendes mondiaux…
Et selon les prévisions de Janus Henderson, 2023 sera une nouvelle année record en terme de dividendes mondiaux versés aux actionnaires, soit 1 630 milliards USD, une hausse de 4,4 % par rapport à 2022. Constat intéressant, 89 % des entreprises ont augmenté ou maintenu leurs dividendes. Aux États-Unis, ce pourcentage atteint même 98 % !

…pourtant les dividendes mondiaux ont très légèrement baissé au 3ème trimestre 2023
Les dividendes mondiaux affichent en effet une légère baisse de 0,9 % sur cette période, pour atteindre 421,9 milliards USD contre 425,8 milliards USD lors du 3ème trimestre 2022. Mais ce léger recul masque 2 réalités très différentes (voir tableau ci-dessous) :
- Secteurs en baisse :
Les baisses de dividendes dans le secteurminier (matériaux de base) sont très importantes, plus de la moitié des sociétés minières réduisant leurs distributions. On remarque par ailleurs le recul des dividendes versés par le secteur du pétrole, du gaz et de l’énergie, dont les versements avaient été dopés en 2022 en raison de la flambée des prix de l’énergie qui avaient « boosté » leurs bénéfices. À noter que Selon Janus Henderson, les secteurs de la chimie et de l’immobilier s’affichent également en fort retrait, principalement en Asie Pacifique hors Japon et notoirement les sociétés immobilières hongkongaises. - Secteurs en hausse :
Les banques (services financiers) ont continué à se montrer généreuses et ont affiché le montant de dividendes le plus important au 3ème trimestre 2023, soit 104,4 milliards USD. Les banques du monde entier bénéficient en effet de l’augmentation de leurs marges d’intérêt nettes en raison des fortes hausses des taux d’intérêt décidées par les Banques centrales. Remarquons par ailleurs que parmi les autres secteurs qui ont payé davantage de dividendes en 2023 par rapport à 2022 (consommation, technologie, services aux collectivités), le secteur de la santé se distingue par une croissance sur plusieurs années à l’instar du secteur financier.

Géographiquement, l’Europe (hors Royaume-Uni) continue d’afficher une croissance très forte des dividendes (+34 % au 3ème trimestre 2023 en glissement annuel) pour atteindre près de 25 milliards USD. Si les USA distribuent beaucoup plus de dividendes (162 milliards au T3 2023), les versements n’ont par contre quasi pas évolué par rapport à la même période 2022 (+0,3 %). En Asie-Pacifique (hors Japon) et au Royaume-Uni, les versements de dividendes ont par contre reculé de respectivement 10 et 5 %.
Qu’attendre en 2024 après les dividendes records en 2023 ?
Selon les économistes de KBC, « les indicateurs de confiance aux États-Unis et dans la zone euro laissent entrevoir de faibles perspectives de croissance, en particulier en Europe ». On constate aussi que certaines régions du monde sont ou pourraient entrer en récession. Les flux de trésorerie des entreprises seront donc mis sous pression avec la baisse de la demande et l’augmentation du coût de la dette (à cause de la hausse des taux), ce qui pourrait limiter les possibilités de croissance des dividendes.
Sans avoir une boule de cristal, les secteurs les plus impactés seraient probablement les plus cycliques comme ceux des matériaux de base, la consommation cyclique, les sociétés industrielles et celles appartenant au secteur de l’énergie.
Toutefois, de manière globale, les flux de dividendes devraient rester importants en 2024, nombre de sociétés ayant une structure bilantaire solide et pouvant donc se permettre, s’il le fallait, de puiser dans leurs réserves pour, au moins, maintenir leur dividende, dans l’attente d’une amélioration du contexte économique.
Source : Michel Ernst, Stratégiste Actions Senior - CBC Banque Privée






