lun. 4 mars 2024
La chronique de Michel Ernst : « Election USA : qui de Trump ou Biden influencera le plus la bourse ? »

L'élection présidentielle américaine en 2024, la revanche de 2020…

Flash-back : fin novembre 2020, le Démocrate Joe Biden est devenu le 46ème Président des États-Unis avec 51,3 % des votes devant le Républicain Donald Trump (46,8 % des votes). Mais le Président sortant à l'époque, D. Trump, refuse alors de concéder sa défaite, faisant état de fraude électorale – sans apporter aucune preuve – portant notamment sur le vote postal. Et le 6 janvier 2021, alors que le Congrès doit valider les résultats de l’élection, D. Trump accuse à nouveau les Démocrates de lui avoir « volé » sa réélection, et harangue ses partisans qui se dirigent et envahissent alors le Capitole. En août 2023, après maintes péripéties, la justice fédérale américaine inculpe D. Trump pour complot contre les États-Unis. Outre cette grave accusation, D. Trump est inculpé pour d’autres affaires : fraude fiscale, gestion négligente de documents confidentiels quand il était Président, ou encore pour agression sexuelle.
Toutefois, et malgré ces nombreuses « casseroles », D. Trump reste LE candidat incontournable à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de novembre 2024. D’autant que – ce qui serait probablement inconcevable en Europe – selon la Constitution américaine, rien n’oblige le Président à avoir un casier judiciaire vierge ni même à être libre… !
Il devra à nouveau se mesurer au Démocrate J. Biden dont l’âge, 81 ans, apparaît régulièrement comme un handicap lui ayant causé plusieurs problèmes allant de chutes, à des confusions voire à de récurrents problèmes de mémoire. D’ailleurs, d’après un sondage récent de la chaîne NBC, 76 % des électeurs américains se disent préoccupés par la capacité physique et mentale de J. Biden à effectuer un 2ème mandat, contre seulement 48 % s’agissant de D. Trump… pourtant à peine plus jeune (77 ans). En revanche, 61 % des sondés s’inquiètent des problèmes judiciaires de D. Trump…
Comment s’est comportée la bourse les années d’élection et ensuite durant les 4 ans de présidence ?
Si on considère les années d’élection présidentielleaméricaine de 1928 à 2020, la bourse américaine (S&P 500) a grimpé en moyenne de 11,2 % cette année-là. L’année où un Démocrate était élu a été, en moyenne, moins fructueuse (+8,1 %) que l’année d’élection d’un Républicain (+15,32 %) ; bémol toutefois, 3 années durant lesquelles un Démocrate a commencé sa présidence ont été marquées par des événements externes dramatiques (poursuite de la grande dépression en 1932, début de la seconde guerre mondiale en 1940 et krach boursier de 2008).
Quant aux 4 années de présidence, il est souvent considéré que les Républicains sont plus « pro-business » car situés plus à droite de l’échiquier politique. Or les faits contredisent cet à priori… Ainsi, une étude de Schroders couvrant la période 1933-2019 démontre qu’en moyenne, sous présidence Démocrate, le rendement total réel (ajusté donc à l’inflation) de l’indice S&P 500 a été de 10,2 % contre seulement 6,9 % durant une présidence Républicaine !

Mais, ici aussi, il faut malgré tout nuancer cette conclusion : l’avantage des années démocrates est surtout dû aux surperformances des années Truman (rebond économique et boursier de l’après-guerre) et Clinton (boom des années ’90) alors qu’inversement les Républicains ont souffert de l’éclatement de la bulle internet (début des années 2000) et de la crise financière mondiale sous G.W. Bush…
Quels secteurs favorisent respectivement les Républicains et les Démocrates ?
En raison de leurs prises de position respectives, une victoire de D. Trump ou de J. Biden en novembre 2024 pourrait à priori doper ou, au contraire, pénaliser certains secteurs d’activité. C'est ce que nous avons résumé dans le tableau suivant :

Le programme économique de D. Trump, dans une logique combinant ultra-libérale et protectionniste, a toujours mis l'accent sur la déréglementation, un interventionnisme étatique minimal et la réduction des impôts. D. Trump est aussi un climato-sceptique notoire. Il veut accorder une priorité maximale aux industries nationales notamment par l’instauration de droits de douane élevés sur nombre de biens importés ou la renégociation de conventions commerciales avec des pays tiers. Les Républicains mettent souvent en avant la « vieille économie » ou « économie traditionnelle », telles que les énergies fossiles, le secteur minier, l’industrie classique ou le secteur de la défense. Dans la même optique, D. Trump privilégiera la finance traditionnelle et les fintech dédouanées d’un maximum de règles, voire la finance dite « décentralisée » et les cryptoactifs. Même si cela peut engendrer un laxisme destructeur et provoquer, comme au printemps 2023, la fragilité de certaines banques les menant à la faillite…
La vision du Démocrate J. Biden met par contre en avant les énergies vertes et la protection de l’environnement (afin de lutter contre le réchauffement climatique), les technologies nouvelles, le développement des infrastructures, les médias et l’éducation. À l’inverse de D. Trump, le président actuel favorise les accords commerciaux afin de stimuler la croissance économique mondiale. L’administration démocrate est aussi en faveur de l'élargissement de l'accès aux soins de santé, ce qui est positif par exemple pour certains secteurs comme les hôpitaux via l’extension de Medicaid, mais plutôt négatif pour l’industrie pharmaceutique vu la pression pour des médicaments moins chers…
Conclusions
Comme on vient de le voir, le type de présidence, Républicaine ou Démocrate, est finalement peu déterminante pour l’évolution boursière, des facteurs exogènes (politiques, économiques...) pouvant contrecarrer telle ou telle politique. Cependant, on constatera que certains secteurs seront davantage mis en avant – et pourraient donc être susceptibles de surperformances boursières – selon que D. Trump ou J. Biden remporte la prochaine Présidentielle.
Toutefois, selon une étude de JP Morgan, il est très difficile de discerner des modèles de performance sectorielle sous différentes administrations qui pourraient se répéter de manière fiable à l’avenir (voir graphe ci-dessous). « Même si l’on pouvait prédire avec précision le prochain Président, la configuration du Congrès est essentielle pour permettre au Président de mettre en œuvre son programme. Même dans le cas d'un parti unique, la polarisation politique croissante ne garantit pas l'harmonie et l'accord au sein d'un parti. Enfin, le climat économique pourrait facilement faire dérailler le programme d'un parti ou les questions non économiques pourraient devenir plus pressantes. »
Ainsi les données historiques suggèrent que les tendances économiques et inflationnistes, plus que les résultats des élections, ont tendance à avoir une relation plus forte et plus cohérente avec les rendements du marché. D’ailleurs, d’une analyse de régression de la performance boursière par rapport au parti au pouvoir sur la période 1928-2020, il ressort que 98 % de la performance boursière s’explique par des facteurs autres que le parti politique au pouvoir…
Bref, assez logiquement, la politique de la Réserve fédérale américaine (FED) en matière de taux d’intérêt, le cycle économique et les bénéfices des entreprises auront finalement plus d'importance pour les marchés financiers que le type de présidence, qu’elle soit Républicaine ou Démocrate.
Source : Michel Ernst, Statégiste Actions Senior - CBC Banque Privée






