lun. 13 févr. 2023
La transition vers l’électricité durable accélère nettement en Europe

La guerre en Ukraine, déclenchée il y a près d’un an, a notamment eu pour conséquence d’exacerber la crise énergétique en Europe, le gaz et le pétrole russe étant progressivement boycottés. Si le pétrole ne représentait « que » 25 % des importations européennes en 2021, par contre environ 45 % des importations du gaz naturel provenaient de Russie, c’est-à-dire 155 milliards de m³.

En octobre 2022, la Commission européenne a présenté un plan, baptisé REPowerEU, pour en finir dès que possible avec la dépendance envers les combustibles fossiles russes. Ce plan est basé sur trois piliers : diversifier l’approvisionnement en gaz, accélérer massivement le déploiement des énergies renouvelables et faire d’importantes économies d’énergie. La mise en œuvre intégrale des propositions de la Commission « Ajustement à l'objectif 55 » réduirait notre consommation annuelle de combustibles fossiles de 30 %, soit 116 milliards de mètres cubes, d'ici à 2030. Grâce aux mesures prévues dans le plan REPowerEU, nous pourrions progressivement réduire d'au moins 155 milliards de mètres cubes notre utilisation de combustibles fossiles, soit le volume importé de Russie en 2021. L’Europe peut-elle se passer du gaz russe? (europa.eu). Pour financer ses réformes ambitieuses et soutenir la mise en œuvre du Plan REPowerEU, l’Union Européenne mobilisera près de 300 milliards d’euros !
Le Plan RePowerEU prévoit donc d’accélérer nettement la transition vers les énergies renouvelables, la Commission européenne proposant d’augmenter de 40 % à 45 % l’objectif de ce type d’énergies pour 2030. Cela porterait les capacités totales de production issue d'énergies renouvelable à 1 236 GW d'ici 2030, contre seulement 511 aujourd'hui.
Et justement, à propos d’énergies renouvelables, nous avons pu lire le très intéressant rapport d’Ember, publié le 31 janvier dernier. Ember, anciennement Sandbag (ou Sandbag Climate Campaign), est un « think tank », un groupe de réflexion environnemental à but non lucratif, faisant campagne pour réduire l'utilisation du charbon. Basée au Royaume-Uni, l'organisation a été lancée en 2008 par Bryony Worthington et a été le premier membre du Guardian's Environment Network. Ce dernier rassemble les meilleurs sites Web du monde consacrés aux sujets écologiques.
Le rapport d’Ember (Report-European-Electricity-Review-2023.pdf (ember-climate.org)) démontre que la transition électrique européenne sort de la crise énergétique plus forte que jamais. En Europe, l'accent est désormais mis sur la réduction rapide de la demande de gaz, tout en éliminant progressivement le charbon. Corollairement une montée en puissance massive des énergies propres est en route.
Ainsi, comme on le voit sur le tableau ci-dessous, les énergies éolienne et solaire – proches de 0 % en l’an 2000 - ont généré plus d’un cinquième de l'électricité de l'Union Européenne en 2022 (22,28 %), dépassant pour la première fois le gaz fossile (19,91 %)! Et si le charbon est quelque peu reparti à la hausse – la crise énergétique ayant rendu nécessaire dans un 1er temps la relance des centrales au charbon - il ne représente malgré tout qu’environ 16 % de l’électricité produite. A noter que le recours aux centrales à charbon a diminué durant le 2e semestre 2022 grâce notamment à la forte chute de la demande d’électricité durant cette période. Ce recul de la demande s’explique par une conjonction d’éléments positifs : la flambée des prix a, d’une part, incité les industries et les ménages à modérer leur consommation d’électricité et, d’autre part, un début d’hiver particulièrement doux a fait le reste.

Mais on notera aussi que la production d’électricité européenne a été perturbée par une sécheresse inédite sur les 500 dernières années, ce qui a entraîné le plus faible niveau de production hydroélectrique depuis au moins l’année 2000, alors que par ailleurs la France connaissait de nombreuses pannes nucléaires inattendues au moment même où les unités nucléaires allemandes fermaient. Au total, l’électricité produite par les centrales nucléaires et hydroélectriques a donc ainsi baissé à 32 %.
En 2023, la demande d’électricité en Europe, déjà en baisse en 2022, devrait encore diminuer d’environ 84 TWh, les sociétés et les ménages étant plus sobres dans leur consommation. Coté production (voir le tableau suivant) Ember prévoit que l’éolien et le solaire en tant que source d’électricité devraient encore progresser en 2023 (+86 TWh), tout comme l’hydroélectricité (+40 TWh) alors que la production nucléaire s’améliorerait aussi nettement. Par contre, la production d’électricité à base d’énergies fossiles (gaz et charbon) chuterait lourdement (-211 TWh).
Selon Ember, l'Europe avance donc à grands pas vers une économie propre et électrifiée, et cela sera pleinement visible en 2023 !

Source : Michel Ernst, Stratégiste Actions Senior - CBC Banque Privée






