mer. 7 janv. 2026
Le blog de Bernard Keppenne "Quand les ressources deviennent des armes"

Les Etats-Unis utilisent sans vergogne la force pour s’approprier les ressources naturelles et imposer leur pré carré, la Chine utilise les terres rares pour imposer son point de vue et ses nouvelles technologies comme arme coercitive. Et pendant ce temps-là que fait l’Europe ?
L’arme du pétrole
En mettant main basse sur le pétrole vénézuélien, Trump entend bien rebattre les cartes en Amérique latine, avec comme objectif d’éjecter la Chine de la région.
Il a dévoilé hier un plan visant à raffiner et à vendre jusqu’à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien qui étaient restés bloqués au Venezuela sous le blocus américain.
Ce pétrole serait envoyé aux Etats-Unis et vendu au prix du marché, ce qui couperait l’approvisionnement de Cuba et du Nicaragua, et rendrait ce dernier inaccessible à la Chine.
En tout état de cause, à ce stade, les Etats-Unis cherchent à maintenir la situation politique en l’état au Venezuela et soutiennent Madame Rodriguez, plutôt que Maria Corina Machado, chef de l’opposition.
Cette annonce de vendre 50 millions de barils a provoqué une baisse du prix du baril, compte tenu de l’abondance de l’offre sur le marché.

Petite parenthèse, la baisse du prix du baril est évidemment une bonne chose pour les pays importateurs, comme l’Europe. Ce qui explique pourquoi l’inflation a fortement ralenti en Allemagne et s’est atténuée en France et en Espagne en décembre.
En effet, l’inflation en Allemagne a ralenti à 2 % contre 2,6 %, en France, elle a ralenti à 0,7 % contre 0,8 % et en Espagne à 3 % contre 3,2 %.
Résultat, l’inflation en zone euro est attendue, ce matin, à 2 % contre 2,1 %, et l’inflation sous-jacente inchangée à 2,4 %.
Pour revenir aux conséquences de cette surabondance de l’offre de pétrole, et dès lors de la baisse du prix du baril, il est évident que cette baisse est positive pour les perspectives de l’économie mondiale.
Mais l’augmentation des incertitudes géopolitiques risque d’annihiler cet avantage économique positif, et certainement si les Etats-Unis font main basse sur le Groenland.
L’arme des terres rares
La Chine de son côté a annoncé interdire les exportations vers le Japon de biens à double usage civil et militaire, une nouvelle mesure de rétorsion à la suite des propos de la Première ministre japonaise sur Taïwan.
Les biens à double usage civil et militaire recouvrent notamment les logiciels et autres technologies, ainsi que les terres rares essentielles à la fabrication de drones et de puces.
L’effet de cette mesure est immédiat et concernerait 1.100 articles et au moins sept catégories de terres rares moyennes et lourdes telles que le samarium, le gadolinium, le terbium, le dysprosium et le lutétium.
Le marché de l’emploi
Malgré ce contexte plus qu’incertain au niveau géopolitique, les indicateurs économiques gardent toutes leur importance, en particulier ceux sur l’état du marché de l’emploi aux Etats-Unis.
Même s’il ne votera pas cette année au sein du Comité, les propos du président de la FED de Richmond, Tom Barkin, résument assez bien le contexte.
Pour lui, « les deux volets de notre mandat doivent être surveillés. Le chômage reste faible sur une base historique, mais il a augmenté. L’inflation a baissé mais reste supérieure à l’objectif ».
Et d’ajouter, « personne ne souhaite que le marché du travail se détériore davantage ». Et « avec une inflation supérieure à l’objectif depuis près de cinq ans, personne ne souhaite que des attentes inflationnistes plus élevées s’installent ».
Ce qui veut dire, toujours selon Barkin, qu’ « à l’avenir, la politique monétaire devra faire l’objet d’un jugement très fin, équilibrant les progrès réalisés de part et d’autre de notre mandat ».
Selon lui, il est clair que l’économie américaine est restée résistante, avec en ce début d’année des risques à la fois négatifs et positifs.
Du côté négatif, le marché de l’emploi avec une demande de main-d’œuvre émanant d’un petit groupe d’industries.
D’où l’importance des chiffres, qui vont être publiés aujourd’hui et vendredi aux Etats-Unis, sur l’état du marché de l’emploi.
Aujourd’hui, nous attendons le chiffre des créations d’emploi dans le secteur privé publié par ADP. Selon les estimations, les créations d’emploi auraient été de 47.000 en décembre contre 32.000 destructions en novembre. Autre indicateur attendu, celui des offres d’emplois disponibles, chiffre estimé à 7.600 millions en novembre contre 7.670 millions en octobre.
Du côté positif, Barkin, souligne que « la résilience a été rendue possible par une forte dynamique sous-jacente. Les consommateurs ont des emplois. Les salaires réels augmentent. La valeur des actifs continue de croître. Les bénéfices des entreprises et les perspectives de bénéfices restent solides. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer que les consommateurs et les entreprises se mettent sur la touche ».
Il faudrait dès lors une très forte dégradation du marché de l’emploi, verdict ce vendredi, pour que la FED abaisse ses taux lors de sa réunion de janvier, ce qui explique pourquoi le rendement du Treasury 2 ans est assez stable.


Source : Bernard Keppenne - Chief Economist CBC Banque & Assurance





