mer. 21 janv. 2026
Le blog de Bernard Keppenne : « Quand l’ordre mondial tremble, les marchés suivent »

Les marchés n’apprécient pas du tout la tournure des événements et les valeurs boursières américaines et le dollar ont subi un dégagement significatif, mais les valeurs européennes risquent de ne pas être en reste en cas de mise en place de nouveaux tarifs douaniers.
Proche de la rupture ?
C’est un peu le sentiment qui domine même si personne ne veut croire au scénario du pire.
Nous ne sommes cependant que le 21 janvier et pourtant les bouleversements en cours sont stupéfiants.
Le Venezuela serait dans les faits sous administration américaine, même si concrètement rien n’est fait.
L’OTAN est au bord de l’explosion avec une remise en cause fondamentale de l’ordre mondial et des relations entre l’Europe et les États-Unis.
L’Iran est sous une chape de plomb, et le régime peut mener sa répression sans réaction.
L’Ukraine se fait pilonner sans relâche et risque d’être sacrifiée en cas d’éclatement de l’OTAN.
Et pourtant, le FMI a rassuré sur l’évolution de l’économie, qui fait même mieux que résister. Les résultats des entreprises sont bons et devraient continuer de l’être au quatrième trimestre.
Mais devant l’inconnu, l’imaginable, à part les métaux précieux, les seuls à encore avoir augmenté hier, les investisseurs sont dubitatifs et perdus.
Le commerce mondial résiste
Et il fait même mieux que résister, comme l’a montré l’excédent commercial chinois.
Et la Chine n’est pas la seule à en profiter, les exportations de Taïwan ont également battu un record en 2025.
Elles ont augmenté de 26 % par rapport à l’année précédente pour atteindre 743,73 milliards de dollars, grâce évidemment aux nouvelles technologies et en particulier les exportations de TSMC et de TSM.
Et normalement la tendance ne devrait pas s’arrêter là, puisque pour le mois de janvier, le ministère a déclaré qu’il s’attendait à ce que les commandes à l’exportation augmentent de 45,7 % à 49,9 % par rapport à l’année précédente.
Dans la lignée du mois de décembre, qui a vu les commandes taïwanaises de produits de télécommunications augmenter de 88,1 % par rapport à l’année précédente, tandis que celles de produits électroniques ont bondi de 39,9 %.
Les commandes en provenance des États-Unis ont fait un bond de 55,3 %, après une hausse de 56,1 % le mois précédent. Les commandes en provenance d’Europe ont augmenté de 47 %, tandis que celles en provenance du Japon ont progressé de 26,3 %.
Plus d’acheteurs ?
Même si la hausse des rendements obligataires s’est stoppée hier, sur la partie longue de la courbe, aussi bien aux Etats-Unis qu’au Japon, il ne semble plus y avoir d’acheteurs.
Le cas du Japon focalise évidemment toutes les attentions, mais n’est pas un cas unique et pourrait même entraîner des répercussions sur les autres marchés obligataires.
Le premier constat est que les obligations ne servent plus de valeurs refuges, en particulier les obligations américaines qui subissent aussi le « Sell America ».
Dans le cas du Japon, la crainte des investisseurs est de voir les différents partis politiques s’engouffrer dans une surenchère de mesures de relance pour s’attirer les bonnes grâces des électeurs, surenchères qui augmenteront inéluctablement le déficit.
La Première ministre Sanae Takaichi, qui se présente déjà avec son programme de relance, n’est pas en reste et a lancé sa campagne en promettant de suspendre un prélèvement sur les denrées alimentaires pendant deux ans.
La crainte des investisseurs est de voir le Japon connaître un effondrement de son marché obligataire comme celui des obligations britanniques en 2022.
Résultat, le rendement du 30 ans au Japon est désormais supérieur de 35 points de base à celui de l’Allemagne.

À ce niveau, les investisseurs hésitent à acheter, les investisseurs nationaux, mais également , car pour ne rien arranger le yen demeure fortement sous pression (le graphique reprend son évolution par rapport à l’euro).


Source : Bernard Keppenne, Chief Economist - CBC Banque & Assurances





