mar. 6 oct. 2026
Le blog de Bernard Keppenne "L’Europe rattrapée par ses vieux démons"

Le doute sur l’état de la France commence à se diffuser aux autres pays de la zone euro, comme un poison lent qui s’insinue, avec en prime une incertitude politique qui est venue se rajouter en Espagne.
Incertitude politique
Si le gouvernement français retient son souffle avec les manifestations des lycéens aujourd’hui, les marchés aussi se demandent comment tout cela va se terminer et surtout comment le gouvernement va arriver à boucler son budget.
Le tout sur fond de tensions sur les taux obligataires qui ne faiblissent pas, et qui concernent aussi bien les taux aux Etats-Unis, qu’en Europe ou au Japon.
Si le spread entre le Bund et l’obligation française est resté stable, celui entre le Bund et l’obligation espagnole a augmenté après l’annonce par le Premier ministre de la tenue d’élections anticipées.

Car Sanchez prend un risque, les sondages d’opinion indiquant qu’une coalition menée par le Parti populaire conservateur (PP) avec le soutien de Vox est le résultat le plus probable. Ce qui aurait comme conséquence de propulser un parti d’extrême droite au gouvernement pour la première fois depuis le retour de la démocratie.
Même si Sanchez est parvenu à gouverner sans majorité depuis des années, la situation se bloque chaque jour un peu plus et le pays ne dispose plus de budget depuis 2023.
Il n’a pas hésité, alors que d’autres pays européens ont durci leurs politiques envers les étrangers, à soutenir l’immigration. Car cette dernière était essentielle pour soutenir la croissance espagnole en comblant les lacunes dans des secteurs clés tels que la construction, l’agriculture et l’hôtellerie.
Mais si le bilan économique ne souffre pas beaucoup de critiques, les scandales et autres pourraient emporter le parti socialiste.
Tout cela se déroulant sur fond de crise énergétique, marquée par des problèmes de capacité de raffinage qui continuent de plomber les prix et dès lors augmentent l’inflation.
Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a bien reconnu que « cette deuxième vague du choc de l’offre énergétique pose des risques directs à la hausse pour les perspectives d’inflation mais aussi des risques à la baisse pour les perspectives de croissance ».
Mais la BCE pourrait avoir une attitude modérée car, « toutes choses égales par ailleurs, ces canaux de ‘destruction de la demande’ peuvent limiter l’ajustement nécessaire de la posture monétaire afin d’assurer le retour rapide de l’inflation à l’objectif ».
Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, a aussi tenu des propos modérés en remarquant que « jusqu’à présent, aucun signe clair n’indique que l’inflation ait contribué à la fixation des prix et des salaires. Les attentes à long terme, fondées sur le marché et les experts, restent cohérentes avec l’objectif d’inflation de 2 % de l’Eurosystème ».
Tout en avertissant que les tensions devraient perdurer car « les prix de l’essence sont particulièrement vulnérables car les niveaux de stockage sont faibles, et l’Europe pourrait devoir acheter des volumes nettement plus élevés pendant l’hiver. La destruction de la capacité de raffinage fait grimper considérablement les prix des produits pétroliers raffinés. La sécheresse, les incendies de forêt et les pénuries d’engrais représentent également des risques pour les prix des aliments ».
Tension sur les taux
Comme le montre le graphique, et malgré le sentiment que la FED adoptera le statu quo en octobre, la tension sur les taux longs aux Etats-Unis continue avec un rendement du Treasury 30 ans à son plus haut depuis 24 ans.

En cause, la publication de l’indice ISM des services, dont les sous-indices montrent que les chaînes d’approvisionnement sont mises à rude épreuve, et cela alors que la hausse des carburants pèse sur l’ensemble des activités.
L’indice ISM des services est resté globalement stable, avec treize secteurs de services qui ont enregistré une croissance le mois dernier, notamment le commerce de gros, les services publics, le commerce de détail, l’information, le transport et l’entreposage ainsi que la finance et l’assurance, l’hébergement et la restauration.
Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, Steve Miller, président du comité d’enquête sur les services de l’ISM, déclarant que « les tarifs et les impacts sur le coût du carburant étaient les questions les plus citées affectant la chaîne d’approvisionnement des répondants », ajoutant que « les coûts du carburant étaient mentionnés deux fois plus souvent que tout autre problème unique impactant la performance. »
Comme le montre le graphique, la mesure des livraisons des fournisseurs est passée à 53,2 contre 51,3 en août, avec des pénuries constatées pour l’acier, et le carburant.

Et le constat ne s’arrête pas là, certaines entreprises agricoles ont noté que les prix de l’azote destiné à un usage agronomique étaient « proches de records », et certains détaillants ont déclaré que « les conteneurs d’expédition en provenance de l’étranger coûtent le double, ce qui entraîne des hausses de prix. »
Résultat, le sous-indice des prix est passé à 74,0, le niveau le plus élevé depuis juillet 2022, contre 72,6 en août.
Tous ces indices indiquent que l’inflation va demeurer élevée encore pour un bon moment, et si la FED peut faire une pause en octobre, une nouvelle hausse des taux en décembre est inéluctable.

Source : Bernard Keppenne - Chief Economist CBC Banque & Assurance






