mar. 1 sept. 2026
Le blog de Bernard Keppenne : « L’IA sauve l’Asie, le pétrole fait monter les taux »

Le répit aura été de courte durée, avec des taux obligataires qui sont repartis de plus belle à la hausse, avec la hausse du prix du baril, et la hausse de l’inflation en zone euro.
Nouveaux records
Le rendement de l’obligation japonaise à 10 ans a atteint le niveau de 3 % pour la première fois depuis septembre 1996, ce matin, avec les craintes inflationnistes attisées par la guerre au Moyen-Orient et dans la perspective d’un resserrement monétaire.

La pression s’est encore accentuée sur la BOJ pour accélérer la normalisation de sa politique, et cette dernière, en réduisant la taille de son bilan, participe aussi à cette hausse sur les taux longs.
Et pour couronner le tout, la politique de la Première ministre, Sanae Takaichi, qui a décidé d’augmenter les investissements et dans le même temps des baisses d’impôts, a suscité beaucoup d’inquiétude et pousse aussi les taux vers le haut.
Le tout dans un contexte marqué par une hausse généralisée des taux, attisée par la reprise des frappes au Moyen-Orient, qui ont propulsé le baril au-dessus des 90 $.
Les taux courts ne sont pas en reste, avec le rendement du Bund 2 ans qui est à son niveau le plus élevé depuis juillet 2024, après la publication des chiffres d’inflation.

Comme dans les autres pays de la zone euro, l’inflation allemande a accéléré sur un an en août, portée par la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran.
L’inflation calculée selon les normes européennes (IPCH) a augmenté de 2,9% sur un an, contre un taux de 2,8% en juillet. L’inflation dite de base est restée stable à +2,4%.
Compte tenu des chiffres publiés ces derniers jours, l’inflation dans la zone euro devrait passer de 2,9 % à 3,3 %, mais l’inflation de base devrait rester inchangée à 2,5 %.
Un nouveau resserrement monétaire de la part de la BCE lors de sa réunion du 10 septembre est déjà totalement intégré par le marché, mais ne signifie pas pour autant qu’il devrait être suivi par d’autres hausses.
Le rendement du Treasury 2 ans consolide sa position après sa forte hausse de vendredi après le discours de Warsh.

Portée par l’IA
La Chine, le Japon et la Corée du Sud ont vu l’activité des usines s’accroître en août grâce à une forte demande de puces, d’ordinateurs et d’autres produits liés à l’IA, contribuant à compenser les pressions croissantes sur les coûts liées au conflit.
En Chine, l’indice PMI manufacturier est passé de 50,9 en juillet à 51,5 en août, et le même indice au Japon est passé de 54,5 à 54,9.
Même si l’indice PMI en Corée du Sud a légèrement reculé, l’activité demeure soutenue avec une hausse de 68,7 % des exportations en août par rapport à l’année passée.
Ces indices ont fait dire à Annabel Fiddes, directrice associée économique chez S&P Global Market Intelligence, « dans l’ensemble, le secteur semble bien placé pour maintenir sa forte performance, notamment compte tenu de la demande liée aux secteurs liés à l’IA ».
Et comme le montre le graphique, l’activité est soutenue dans les autres pays asiatiques, avec une forte hausse aux Philippines, et en revanche une contraction en Indonésie à cause du contexte politique.

Il ne profite pas de l’IA
Et pourtant, l’Inde a vu son PIB progresser de 7,8 % au deuxième trimestre, en taux annuel, un chiffre supérieur aux prévisions, mais en recul par rapport aux 8,6 % du premier trimestre.
Le secteur manufacturier a connu une croissance de 9,2 % contre 8,3 % sur la même période l’année dernière, tandis que le secteur des services financiers a connu une croissance robuste de 12,1 % contre 8,8 %, porté par une forte croissance du crédit bancaire.
La consommation personnelle a augmenté de 7,1 % tandis que l’investissement a augmenté de près de 12 %.
Mais, l’Inde est l’une des économies les plus exposées aux perturbations de l’approvisionnement pétrolier dues à la guerre contre l’Iran, puisqu’elle importe près de 85 % de ses besoins en pétrole brut, principalement du Moyen-Orient.
Deuxième grand risque pour l’Inde, une mousson déficiente présente également des risques de croissance et d’inflation. La saison apporte 70 % des précipitations annuelles en Inde et soutient l’agriculture et les revenus ruraux.
La production agricole, un secteur employant plus de 40 % de la main-d’œuvre indienne, a augmenté de 3,6 % au cours du trimestre, mais la crainte de moussons dévastatrices ou insuffisantes est grande suite à l’arrivée d’El Niño.

A propos du prix du baril, dans le tableau mensuel, sa hausse est l’élément dominant et on est bien parti pour garder un prix au-delà des 80 $ jusqu’à la fin de l’année.

Source : Bernard Keppenne, Chief Economist - CBC Banque & Assurances






