jeu. 11 juin 2026
Le blog de Bernard Keppenne : « L’inflation, cet invité que personne ne voulait revoir »

Inflation qui se situe à son niveau le plus élevé depuis trois ans aux États-Unis, hausse inattendue de l’inflation en Norvège, la BCE qui va augmenter son taux de 0,25 % à cause de la hausse de l’inflation, plus personne n’échappe au spectre inflationniste.
Plus haut depuis trois ans
Comme attendu, l’inflation aux États-Unis a atteint le niveau de 4,2 %, avec une hausse mensuelle de 0,50 %, ce qui a renforcé le scénario d’un statu quo de la part de la FED jusqu’en 2027.
En excluant les composantes volatiles de l’alimentation et de l’énergie, l’inflation a augmenté de 2,9 % en taux annuel en mai, avec une hausse mensuelle de 0,2 %.
Comme le montre le graphique, la hausse de l’inflation tire son origine en partie de la hausse du prix de l’essence, qui a augmenté de 8,8 % en mai en taux annuel, mais aussi des prix des matières premières à cause des problèmes dans les chaînes d’approvisionnement.

Autant dire que si le cessez-le-feu vole en éclat, et la deuxième nuit de bombardements et de ripostes fait quand même craindre le pire, l’inflation risque bien de ne pas avoir dit son dernier mot.
Mais laissons le dernier mot à celui qui a provoqué cette hausse et que l’on interrogeait hier sur ces chiffres d’inflation, car la réponse est limpide et rassurante : « j’adore l’inflation ».
En Norvège aussi
Non pas qu’ils adorent l’inflation, mais cette dernière est passée de 3,2 % à 3,4 % en taux annuel en mai, pour l’indice de base, qui exclut les changements de prix de l’énergie et les taxes.
Ce chiffre est plus élevé qu’attendu, et même si la Banque centrale a déjà relevé ses taux en mai de 0,25 % pour porter son taux directeur à 4,25 %, une nouvelle hausse des taux devrait encore intervenir dans les prochains mois.

Ce qui explique la fermeté de la couronne norvégienne par rapport à l’euro, compte tenu du différentiel de taux entre les deux devises.

Pas d’impact
Et la décision attendue de la BCE de relever ses taux cet après-midi de 0,25 % ne change rien à ce différentiel.
Attendue, car certains de ses membres se sont exprimés en ce sens, et que le marché a déjà totalement intégré cette hausse. Elle n’a dès lors plus le choix, et un statu quo donnerait le sentiment qu’elle ne se préoccuperait pas de l’inflation, alors qu’elle dépasse largement son objectif.
Lors de cette réunion, la BCE publiera ses nouvelles prévisions, avec une baisse de la croissance et une hausse de l’inflation. Car la situation s’éloigne du scénario de base d’une sortie rapide du conflit, et s’approche du scénario défavorable évoqué en mars qui tablait sur une inflation à 4,2 % fin 2026, avant une chute brutale en 2027.
Mais cette hausse des taux ne fait pas l’unanimité compte tenu de la faiblesse de la croissance et de la demande des consommateurs.
Christine Lagarde va devoir convaincre du bien-fondé de cette hausse, sans trop ouvrir la porte à une nouvelle hausse, tout en se laissant la possibilité d’agir si la situation se dégrade.
Mais répondre à un choc de l’offre par une hausse des taux reste toujours sujet à caution, et la situation n’est absolument pas comparable à celle de 2021-2022.
Obligées de suspendre
D’autres Banques centrales, qui avaient l’intention de baisser leurs taux cette année, sont obligées de postposer leur décision, voire d’y renoncer définitivement.
J’ai évoqué le cas de la FED, qui n’aura pas d’autres choix que de laisser ses taux inchangés, et Trump qui adore l’inflation, va adorer les taux inchangés pour l’ensemble de l’année.
C’est le cas aussi de la Banque centrale de Turquie, qui va laisser ses taux inchangés lors de sa réunion aujourd’hui, et qui doit mettre un arrêt brutal à son processus d’assouplissement monétaire à cause de l’inflation. Elle a revu à la hausse ses prévisions et table dorénavant sur un taux d’inflation de 24 % fin de l’année contre un taux de 16 % avant le début de la guerre en Iran.
C’est le cas également de la Banque centrale du Canada qui a laissé son taux inchangé hier à 2,25 %, alors que l’économie canadienne souffre de la guerre commerciale avec les Etats-Unis.
Mais le risque d’une hausse de l’inflation a été souligné par le gouverneur Tiff Macklem qui a déclaré « le Conseil des gouverneurs continue d’examiner l’impact à court terme de la guerre sur l’inflation globale, mais ne laissera pas la hausse des prix de l’énergie devenir une inflation persistante ».
Il se trouve dans la même situation que Christine Lagarde, reconnaissant que la guerre posait un dilemme aux responsables de la politique monétaire.
Augmenter les taux pour freiner l’inflation pourrait ralentir davantage l’économie, tandis qu’assouplir les taux pour soutenir la croissance augmente le risque d’une inflation durablement plus élevée.
Dès lors, « pour l’instant, maintenir le taux directeur inchangé permet d’équilibrer ces risques », a-t-il déclaré.
Mais le Canada est en plus confronté au risque de voir la révision de l’accord de libre-échange nord-américain entraîner de nouvelles restrictions commerciales.
Dans ce cas, Macklem a prévenu que la Banque centrale pourrait être amenée à réduire ses taux. Si, en revanche, la hausse des prix de l’énergie commençait à entraîner une inflation généralisée, « il pourrait être nécessaire de procéder à des hausses consécutives du taux directeur ».

Source : Bernard Keppenne, Chief Economist - CBC Banque & Assurances






